vendredi 25 janvier 2013

De la conception du viol au Maroc


L’affaire de Malika Slimani contre Hassan Arif n'est certes qu'une affaire de viol parmi tant d'autres au Maroc.Mais elle est très importante car elle nous invite à débattre de la définition juridique du viol dans notre pays et de sa conception au sein de la société.  



La plaignante ne correspond en effet pas aux stéréotypes que l’on a du viol au Maroc. Il ne s’agit pas d’une mineure au visage enfantin et angélique qui se fait violer par son instituteur ou par tout autre adulte. Il n’est donc pas question d’une « enfance volée » ou d’une « innocence brisée ». Il n’est pas non plus question de ces mères ou grand-mères dont on apprend avec effroi l’histoire de viol par des membres de leurs familles ou autres membres du voisinage. Autant d’images qui nous renvoient à une féminité fragile et candide, et qui suscitent la rage et l’émoi inconditionnels de l’opinion publique.

Or dans cette affaire, la plaignante est une jeune femme, célibataire, indépendante financièrement et c’est là où le bât blesse. Sur la base de nombreuses assomptions et d’idées qui peuplent la pensée collective marocaine, la parole lui est déniée et sa version des faits est rejetée. 
« Elle n’était sûrement pas vierge, donc elle n’a pas été violée », « Elle était engagée dans une relation sentimentale avec lui, donc il ne l’a pas violée », « Elle est majeure et vaccinée, et a sûrement été consentante. On ne viole pas les « vielles filles » », « S’il n’y a pas de preuves de violence, donc il n’y a pas eu viol », etc.
La première assomption relie l’éventualité de viol à la pré-condition de virginité. L’atteinte publique à cette virginité compromet donc l’honneur, le rang, jusqu’à la vie de la concernée. En effet, l’existence et le maintien de l’hymen sont une condition du mariage au Maroc pour laquelle l’homme peut exiger un certificat. Il peut même divorcer de son épouse s’il se rend compte après leur premier rapport sexuel que cette condition n’était pas remplie.

Une «déflorée» souffrirait donc moins qu’une vierge des conséquences du viol, vu que cette première a déjà perdu son honneur auparavant de manière consentante, alors que la deuxième en aurait été privée malgré elle. La peine encourue pour viol avec défloration est en conséquence beaucoup plus élevée (de dix à trente ans, art. 488 du code pénal, alors qu’un viol sans défloration est puni de cinq à dix ans selon l’article 486 du même code).

Cette idée nous renvoie à l’une des raisons majeures que les victimes invoquent pour ne pas avoir dénoncé leur viol ou pour avoir attendu « trop longtemps ». Il s’agit du sentiment de honte de la victime, la peur de l’agresseur et la crainte que le dévoilement du cas aboutisse à une humiliation supplémentaire. Le viol est ainsi l’un des rares crimes « dont l’auteur se sent innocent et la victime honteuse»[1]De plus, au Maroc et dans la majorité des pays arabes, les victimes de viol et leurs familles tentent avant tout de trouver une « réparation » à la violence sexuelle subie, notamment à travers mariage de la victime à son violeur. L’honneur doit être sauf avant tout.  

Par ailleurs, un présupposé courant est que le viol s’accompagne forcément d’une contrainte physique. En découle l’idée selon laquelle un viol sans violence est suspect  et induit un consentement de la part de la victime. Or le viol est avant tout un acte de domination, qui n’est pas seulement physique. 

La difficulté à réagir peut venir de la nature soudaine et brutale de l’événement, mais aussi pour des raisons psychologiques liées au fait que l’agression ne correspond pas à l’image que l’on a de l’agresseur, qui peut être une personne que l’on pensait de confiance. La victime peut aussi ne pas réagir violemment pour ne pas causer du tort à l’agresseur, ou à cause du statut de celui-ci. Le viol peut être « facilité » par une emprise, liée elle-même à un rapport hiérarchique, un rapport de pouvoir sur la victime. Quand en plus l'agresseur est une personnalité politique,  ne serait-ce que sur le plan local, l’ascendant moral de l’agresseur et la surprise sont encore plus puissants.[2]

Force est de constater que dans le droit marocain la définition du viol reste très vague, incomplète et étroite. L’article 486 du code pénal définit le viol comme « l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci ». Ainsi, le viol reconnu serait uniquement commis par des hommes et uniquement subi par des femmes. Or les actes de violence sexuelle peuvent être commis par quiconque (homme ou femme) et la victime peut être toute personne (de sexe masculin ou féminin). Deuxièmement, suivant ce même article,  «l’acte sexuel» non consenti concerne uniquement la pénétration vaginale. La définition n’inclue pas les autres formes de pénétrations anales et buccales. Elle n’inclut pas non plus l’introduction d’autres parties du corps ou d’objets dans ces trois voies.

Notre société doit aujourd’hui accorder plus d’intérêt à la protection de la personne individuelle et non pas seulement à un ordre collectif institué. Mais cette transition du collectif à l’individu implique d’accepter un principe que la société marocaine est encore loin d’accepter, et c’est celui de la liberté d’autodétermination de la personne humaine en matière sexuelle. C'est-à-dire sa liberté de choix d’avoir ou de ne pas avoir de relations sexuelles et avec la personne partenaire qui lui convient.



Il est temps que le viol à l’encontre de tout individu masculin ou féminin soit avant tout considéré comme une offense à l’intimité profonde de la personne humaine, et non plus seulement à l’ordre divin ou à l’ordre social. Le viol n’est pas réparable et encore moins par le mariage du violeur avec sa victime. Si réparation morale il y a, elle doit se faire par un procès pénal.





[1] CHESNAIS JEAN-CLAUDE, Histoire de la violence en Occident de 1800 à nos jours, Paris 1989
[2] Article très intéressant paru à l’occasion de l’affaire de DSK sur slate.fr :« Ceci n'est pas une pipe, c'est un viol » , par Grégoire Fleurot.

samedi 19 janvier 2013

L'affaire Arif et ses implications


Deux jours sont passés depuis la publication de mon témoignage et surtout depuis le verdict de la Cour d’Appel qui a acquitté Hassan Arif. Cette affaire, comme je l’ai précisé n’est pas terminée, mais un semblant de polémique s’en est suivi. Essayons d’en tirer ensemble des points sur la base desquels des débats constructifs peuvent naître.

Tout d’abord, oui Hassan Arif, comme tout autre citoyen, du moment qu’il a été innocenté par la Cour d’Appel de Rabat le 17 janvier 2013 a le droit encore une fois à la présomption d’innocence pour le crime de viol. Je remercie les personnes qui ont insisté sur l’importance de cet aspect. Et j’ai pris le soin de revoir mon témoignage pour en retirer toute affirmation qui lui dénie ce principe élémentaire.

Penchons nous maintenant sur l’objet même de la plainte : le viol. Face au mensonge continu et à la mauvaise foi totale de l’accusé qui nie même les faits les plus évidents et pour lesquels la justice dispose de preuves sans conteste (tests ADN, sous-vêtements sur lequel des prélèvements ont été faits, communications téléphoniques), nous n’avons qu’une version des faits et c’est celle de la plaignante.

Si la plaignante s’est tue aussi longtemps, c’est parce qu’elle affirme qu’à la suite du viol, Hassan Arif lui a promis de « couvrir sa honte sociale» en échange de son silence : « Setrini nsetrek ». Une phrase qui n’est pas si étonnante dans notre contexte social et qui bien sûr, du fait de la position et du pouvoir que détient l’accusé prend un sens beaucoup plus fort.
Ce silence qui l’aurait maintenue dans une relation abusive, où la seule chose qu’elle attendait c’est d’être « couverte », et que sa réputation soit sauve. Quitte à divorcer tout de suite après.

Je pourrais comme un bon nombre de femmes marocaines l’assener à coups d’accusations et de reproches et lui dire que : Ce n’était vraiment pas le bon choix à faire. Elle aurait dû porter plainte le jour même, elle n’aurait pas dû se taire aussi longtemps. Comment a-t-elle pu accepter une telle situation avec un tel homme ? Et puis comme un bon nombre d’hommes marocains (dont certains sont juges et avocats), je pourrais penser, voire dire tout haut : Qu’elle n’est sûrement pas une victime dans cette affaire, qu’elle l’a cherché et que si elle a continué à lui parler même après cette supposée agression sexuelle, c’est que ce n’était pas un viol, mais un rapport consenti. Je dirais aussi comme je l’ai lu sur certains commentaires que cette femme est sûrement une manipulatrice qui cherchait à piéger un « bon parti » et une fois qu’elle n’a pas réussi à le faire, elle a décidé de le poursuive en justice.

Quelle facilité avec laquelle, encore une fois, on choisit de se réfugier derrière son écran, dans le confort de ses préjugés. On s’érige alors en juge et arbitre d’une affaire et on applique encore une fois la présomption de culpabilité à la femme. C’est cette même présomption de culpabilité que j’ai vu peser le jour du procès et celle-là même qui m’a révolté plus que tout. Ce ton de voix du juge en posant à la plaignante des questions sur le déroulement de l’histoire sous-entendant un manque de pudeur et de respectabilité de la plaignante. Présomption qui se transforme en affirmation dans l’avocat de l’accusé qui a dit : « Mais que fait une femme dehors avec un homme à 9h30 du soir ? », « Quel type de femme accepterait de l’accompagner à un café ? De monter dans sa voiture ? et j’en passe.

Peut-être est ce pour ces raisons que j’ai choisi de soutenir cette jeune femme aussi fermement. Non il n’est jamais trop tard pour dénoncer un viol. Non il n’y a pas de délai au-delà duquel la plainte de viol n’est plus recevable. Dans cette affaire, nous avons la mauvaise foi d’un homme d’un côté, représentant du peuple qui plus est et puis, le témoignage d’une jeune femme. Permettez-moi d’accorder du crédit à ses paroles et de demander à ce qu’il y ait un procès équitable, loin de toute présomption de culpabilité de la femme ou de préjugés sociaux.

En conclusion, j’ai assisté au procès en question avec le plus grand des hasards, en tant que simple citoyenne, sans connaître ni la plaignante, ni l’accusé. J’avais été sidérée d’apprendre que cette affaire durait depuis des années sans en avoir entendu parler auparavant. Et je suis encore plus surprise aujourd’hui de voir qu’en partageant mon simple témoignage sur ce procès, celui-ci devienne l’élément déclencheur d’un « buzz » autour de l’affaire.  Dans tout autre pays où la presse, les citoyens et leurs représentants suivent et participent de près à la chose publique, mon témoignage (qui de part sa nature est subjectif) se serait rapidement perdu au milieu d’une dizaine d’articles de presse. L’affaire aurait fait trembler la scène médiatique, associative et politique. Elle aurait créé une polémique au sein du parlement. Et cet homme n’aurait sûrement pas continué à exercer tranquillement ses fonctions de député et de président de commune sans s’inquiéter d’un quelconque impact de cette affaire sur sa carrière politique et sur son statut de représentant du peuple.

vendredi 18 janvier 2013

Procès Arif, la suite...


Aujourd’hui la première image qui m’accueille au réveil est celle du sourire de Hassan Arif en quittant la Cour qui venait de l’innocenter.
Une partie de moi voudrait presque me faire croire que ce n’était qu’un cauchemar. Mais mon témoignage écrit noir sur blanc m’attend sur le bureau et me rappelle mes émotions d’hier.
Ce texte que vous avez lu et que j’ai rédigé est un simple témoignage, il n’est en aucun cas un article de presse ni un communiqué juridique. Je l’ai écrit pour exorciser cette peine, cette incompréhension et cette rage qui m’habitaient. J’invite donc naturellement tous les lecteurs à le prendre pour ce qu’il est et rien de plus.
Je prends mon téléphone, compose le numéro de la plaignante, et m’inquiète quand elle ne répond pas. Différents scénarios dramatiques m’envahissent. Je l’ai laissée dans un état déplorable hier.
Hier, elle ne croyait plus en l’existence d’une justice. Hier la loi, la nouvelle constitution et les beaux discours sur le changement au Maroc lui ont paru de gros mensonges. Hier elle en voulait à toute la société marocaine et répétait : « ça ne m’étonne pas que dans ce pays, des femmes et des jeunes filles perdent tout espoir et se suicident ».
Je reçois un bip de sa part qui m’évite de broyer du noir plus longtemps. Je la rappelle et parle à une femme forte, qui ne lâchera rien et ira jusqu’au bout pour obtenir justice. Elle me demande de la rejoindre à la Cour d’Appel de Rabat où le procureur général l’attend. Elle me dit qu’elle a une bonne nouvelle pour moi.

Et moi aussi, j’y vais pour lui porter de bonnes nouvelles : Une coalition d’associations et d’organisations de la société civile est en train de se former en ce moment même pour la soutenir. Le dossier ne sera pas « classé » comme on a essayé de le faire à plusieurs reprises depuis le début de cette affaire. Je passe devant la salle où a eu le lieu le procès hier et je me remémore la liste affichée à l’entrée annonçant tous les dossiers qui allaient être traités ce jour-là.

Savez-vous, qu’hier seulement, dans la salle 4 de la Cour d’Appel de Rabat, se sont déroulés 23 procès dont la plaignante est une jeune femme ou une mineure et dont l’objet de poursuite est le viol (avec ou sans enlèvement, défloration et autres circonstances aggravantes) ?

J’aperçois le petit Fahd courir vers moi, sa mère le suit. Sa bonne nouvelle : Le procureur a fait appel, ses avocats la soutiennent et elle est prête à tout, témoigner à visage découvert, raconter son histoire et surtout prête à continuer à se battre. Je rencontre le procureur général, le remercie pour ses interventions émouvantes la veille. Il me répond : « tout ce que j’ai dit venait du cœur. Je t’assure que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Et la première image que j’ai eue ce matin est celle de cette pauvre femme et de son fils. »

Pour conclure, beaucoup de choses pourront être reprochées à cette jeune femme et sa parole sera constamment remise en question. On lui a demandé et continuera à lui demander : pourquoi n’a-t-elle pas porté plainte le jour même du viol ? Pourquoi a-t-elle accepté de revoir l’accusé ? Pourquoi s’est-elle tue aussi longtemps ? Pourquoi devrait-on la croire sur parole qu’il s’agit d’un viol ?
Et moi je nous invite tous à aussi nous poser d’autres questions : Pourquoi notre société applique-t-elle la présomption d’innocence à l’homme mais cherche à faire peser la présomption de culpabilité de la femme jusqu’à ce qu’elle prouve son innocence ? Pourquoi devrait-on croire un homme, représentant du peuple, qui ment depuis des années à la justice ?  Jusqu’à quand voterons-nous pour des hommes pareils et les laisserons-nous nous représenter ? 

محاكمة عريف أو مسرح العبث



اليوم حضرت المحاكمة الأكثر تناقضا مع العقل  في العالم.

الأحداث معروفة: حسن عاريف نائب برلماني عن حزب التجمع الدستوري ورئيس جماعة عين عودة متابع منذ ثلاث سنوات بتهمة إغتصاب موضفة تعمل بوزارة الحبوس.تصرح الضحية أن الإبن الذي أنجبت هو نتيجة إعتداء النائب البرلماني عليها.
ينفي الحريف كل ما نسب إليه. ويدعي أن علاقته بالمجني عليها لا تتجاوز مجال العمل،  ولم يلتقي بها  قط خارجة هذا النطاق. وبالطبع ينفي أنه اغتصبها وأن الطفلة ابنه
.
القرائن التي تدين المتهم وتدحض ادعاءاته متعددة وذات أسس صلبة. هناك أولا التسجيلات الهاتفية التي وفرتها شركة إتصالات المغرب للمحكمة والتي تبين بأن الضنين إتصل بالمجني عليها 284 مرة. ثانيا، نتائج تحليل الحمض النووي للجاني ومطابقته مع الحمض النووي للطفل تثبث بأنه فعلا ابنه.التحاليل تمت بمختبر الدرك الملكي.  وبالإعتماد على هاته القرائن كانت المحكمة الإبتدائية قد حكمت على المتهم بسنة سجنا نفدا. وللتذكير فحسب المادة 486 من قانون الجنايات فإن أقل مدة كان يجب أن يحكم بها على النائب البرلماني هي 15 سنة. 5 سنوات على الأقل بجنحة الإغتصاب، و 10 سنوات كأصغر عقوبة يحكم فيها القاضي عند ثبوت تهمة افتضاض البكرة.

اليوم إذن، حضرت محاكمة النائب البرلماني رئيس مجلس جماعة عين عودة التي ابتدأت على الساعة 14 بعد الزوال ولم تنته إلى على مشارف الساعة السادسة. أصر المتهم على نفي كل المنسوب إليه ونفي أي علاقة له بالمجني عليها  رغم وجود نتائج الحمض النووي التي تثبث العكس. تؤكد الضحية بأن الجاني لازال يتحرش بها، وذلك عن طريق رسائل قصيرة يستعمل فيها لغة بديئة.

وقد برر النائب البرلماني الكم الكبير من الإتصالات التي يثبتها سجل شركة إتصالات المغرب: أنه بحكم منصبه يتلقى فالعديد من الأحيان مكالمات لايستطيع الرد عليها في حينها. فيفضل إعادة الإتصال بالرقم الذي حاول مكالمته من أجل التحقق من طبيعة الموضوع. كان هذا التفسير يمكن أن يكون منطقياً لو أن عدد الإتصالات لم يتجاوز الواحد أو الإثنين وليس 284 مكالمة. 

اليوم، أريد أن اتقدم بالشكر للسيد ممثل النيابة العامة، يوسف زرهوني سلموني. الذي ذكر بخطورة القضية. إذ يتعلق الأمر بممثل للشعب ، بمنتخب وأن التهمة هي الإغتصاب، الذي يمثل أخطر إعتداء على سلامة المرأة الجسدية والنفسية. وقد حاول دفاع المتهم التشكيك في سمعة المجني عليها لكي يبرهن بأنه لم يقع إغتصاب، وبل أخطر من ذلك التلميح إلى أن الضحية تستحق ما حصل لها، لتكون مرافعته مثالا للعقلية الرجعية التي لا يمكن القبول بها والتي حاول ممثل النيابة العامة شجبها.

اليوم حضر الطفل. كان يتنقل نحو المتهم وينعته ب"عمي"، لا يفهم بعد ما يدور حوله. سوف يكبر، ويوما، سيريد أن يعلم الحقيقة.
هل تعلمون ماذا كان حكم المحكمة اليوم في هاته القضية؟
اليوم حكمت المحكمة على حسن الحريف بالبراءة وإطلاق السراح الفوري.
اليوم فقدت ثقتي بالعدالة المغربية.
اليوم أبكي كل دموعي من أجل هذا البلد ومن أجل مواطنيه.
اليوم شتم حسن الحريف المرأة المغربية داخل قاعة المحكمة.
اليوم رأيت حسن الحريف، ممثل للشعب، وصانع القرار العمومي، يطل من نافدة المحكمة هانئ البال، متأكداً أنه سيخرج منها مبرأً.
اليوم لم أعد أفهم شيئا، لكنني لن أنسى شيئا.
غدا سيستأنف ممثل النيابة العامة حكم محكمة الإستئناف أمام محكمة النقض المغربية. القضية لم تنته. 

لا يجب أن نسكت. فلنعبر عن سخطنا! 
مكان هذا الشخص في السجن وليس في برلماننا.

jeudi 17 janvier 2013

Procès Arif, quand la justice est un théâtre de l'absurde


Aujourd’hui j’ai assisté au procès le plus absurde au monde.

Les faits sont connus : Hassan Arif,  député du parti l’Union Constitutionnelle et président de la Commune d’Aïn Aouda est poursuivi depuis trois pour le viol d’une fonctionnaire du ministère des Habous. La victime a eu un enfant qu'elle affirme être le fruit de cette agression sexuelle.
Hassan Arif nie tout en bloc. Il ne connaît la victime que « professionnellement », il ne l’a jamais rencontré ailleurs, il n’a jamais eu aucun rapport sexuel avec elle, bien entendu ne l’a pas violé et le fils n’est pas le sien. 
Maroc Telecom a fourni les preuves de 284 communications téléphoniques entre le député et la victime. Les tests ADN ont été effectués par le laboratoire de la Gendarmerie Royale. L’un est basé sur un échantillon de sa salive, et l’autre sur le sperme retrouvé sur ses sous-vêtements sont clairs et sans équivoque : Hassan Arif est le père de cet enfant. Le Tribunal de première instance l’a donc condamné à un an de prison ferme.
Pour rappel, l’article 486 du code pénal marocain prévoit pour le crime du viol une peine de prison allant de cinq à dix ans, et l’article 488  augmente cette peine à 10 jusqu’à 20 ans de prison si une défloration s’en est suivie.

Aujourd’hui, j’ai donc assisté au procès de ce député de l’Union Constitutionnelle et président de commune de Aïn Aouda qui a eu lieu à 14 heures à la Cour d’appel de Rabat et qui a duré jusqu’à 18 heures passées. L’accusé a continué de nier toute relation avec la victime. Les résultats du test d’ADN n’ont pas changé. La victime a affirmé que Hassan Arif continue à la harceler, l’appeler et lui envoyer des SMS (la plupart d’entre eux envoyés à des heures très tardives de la nuit et dont la vulgarité est indignante).

Voici comment il a expliqué les appels qu’il a effectués : En tant que président de commune et responsable politique, il reçoit des appels auquel il n’a pas la possibilité de répondre. Donc quand il trouve des appels en absence sur son téléphone, il rappelle les numéros pour s’enquérir du sujet de l’appel manqué. Une réponse qui se passe de commentaire.  Juste une précision, un nombre : 284 appels.

Aujourd’hui, il y a une personne que je voudrais remercier et dont les paroles nous ont tous et toutes marquer : Monsieur le procureur général, Youssef Zerhouni Salmouni. Ce dernier a rappelé la gravité de cette affaire. Il est question d’un représentant du peuple, d’un élu et le crime est celui du viol, l’une des atteintes les plus graves à l’intégrité physique et psychique de la femme. La défense de l’accusé s’est fendue d’allégations et mises en doute de la réputation de la victime afin de prouver qu’il n’y a pas eu viol ou pire, d’insinuer que la victime a mérité de qu’il lui est arrivé, servant ainsi d’exemple de cette mentalité rétrograde et inacceptable que le procureur a lui-même dénoncée.
Aujourd’hui, l’enfant était là. Il est allé vers l’accusé et l’appeler « ‘Emmi » (mon oncle), il ne comprend rien encore de ce qui se passe autour de lui. Mais il grandira, et un jour, il voudra savoir ce qui s’est passé.

Savez-vous ce que la Cour a rendu comme verdict  aujourd’hui dans cette affaire ?
Aujourd’hui Hassan Arif a été déclaré innocent et a été libéré immédiatement.

Aujourd’hui, je ne crois pas en la Justice au Maroc.
Aujourd’hui, je pleure toutes mes larmes pour ce pays et pour mes concitoyens.
Aujourd’hui, Hassan Arif a insulté la femme marocaine en pleine séance dans une cour de justice.
Aujourd’hui j’ai vu un menteur, représentant du peuple, décideur public, regarder par la fenêtre en toute tranquillité pendant son procès, conscient qu’il en sortira innocenté.
Aujourd’hui, je ne comprends plus rien mais je n’oublierai rien.
Demain, le procureur général fera appel de la décision de la Cour d’Appel  devant la Cour Suprême du Maroc. L'affaire n'est pas terminée.

Nous ne devons plus nous taire. Indignons-nous !
La place de cet homme est en prison et pas dans notre parlement !

mercredi 29 juin 2011

Stand Up!


En route pour Hatay.

Ce sont quatorze à quinze heures de bus pour y arriver depuis Antalya, au sud de la Turquie. Mais ce bus semble ne pas vouloir quitter la ville.

Ils se connaissent tous. Mères, enfants, oncles, cousins, amis. Ils se saluent, changent de place à volonté. L’équipement moderne du bus contrasterait presque avec cette ambiance petit village qui y règne. Des écrans individuels accrochés à chaque siège, que les enfants s’empressent de manipuler. Ils changent de chaîne à tout va, règlent le son, la luminosité, l’inclination du siège dans un état d’excitation et de fébrilité que les mères, dépassées, tentent de contenir.

Je me décide pour un film brésilien, en turc, sans sous-titres. Je me sens citoyenne du monde. Je ne comprends pas tout ce qui se dit, mais je rigole quand les acteurs le font. Le personnage principal, un petit garçon, est triste. Je somnole. Je rouvre les yeux, il est content. L'histoire ne m'attend pas, elle avance vers sa fin.

« Stand up ». Oui c’est bien à moi que s’adresse le steward. Les passagers quittent le bus. J’ai raté un épisode. J’aurai bien voulu lui répondre « Get up stand up, stand up for your rights » en chantonnant un petit air reggae mais il ne semblait pas d’humeur pour plaisanter. Son visage était couvert de sueur, et sa bouche dessinait un rictus désagréable. Il répète avec insistance : « Stand up ».

Sur terre, les esprits s’échauffent. Les passagers s’impatientent. Un « vieux » prend la parole, critique la latence des membres de l’équipage face au « problème » auquel le bus est confronté. Bien entendu, tout le monde ignore la nature de ce problème. Mais il existe bien ce problème et il est responsable de plus de deux heures de retard.

Le ton hausse entre l’un des employés et le « vieux ». Celui-ci tient un parapluie qu’il pointe vers son interlocuteur d’un air menaçant, compose des numéros et hurle son indignation au téléphone à je ne sais qui. Il bouge dans tous les sens en s’aidant de son parapluie, transformé en canne pour l’occasion et marche d’un air décidé. Les autres passagers regardent calmement la scène. Ils acquiescent de temps à autre aux paroles de l’indigné, mais ne disent mot. Free riders.

D’autres tentent de calmer la situation, s’interposent entre les deux corps prêts à la confrontation. Comment osent-ils ôter ce plaisir à la majorité silencieuse ? Le peuple demande un peu d’action, un peu de divertissement nom de Dieu !

Nous déménageons, remontons dans un autre bus. Et puis, rebelote. « Stand up », pas de please, pas de lütfen, non « Stand up » tout court, tout cru. Envie de lui répondre : « Are you talking to me ? »

Je m’abstiens. Cette fois-ci, on redescend avec quelques soupirs exaspérés pour marquer le coup. Je me retrouve pour la troisième fois sur le même trottoir, je sors mon carnet, commence à gribouiller quelques mots pour m’occuper. Je sens les regards qui me scrutent, certains se rapprochent même.

Que doit-elle bien écrire ? Dans quelle langue? Elle vient d’où cette jeune fille apparue de nulle part, voyageant toute seule en pleine nuit, et qui plus est, en direction d’Hatay ? On se connaît tous à Hatay ! On aurait entendu parler d’elle si elle venait voir de la famille ou des amis. Comment une telle information aurait pu nous échapper ? Ils vérifient entre eux si quelqu’un détiendrait une quelconque piste. RAS.

Alors plus qu’une seule manière de savoir qui elle est. Lui demander. Et voilà, je ne suis plus seule. Cette fois, et ce sera la bonne, je me réinstalle dans le bus, entourée d’un groupe de jeunes turcs, tous curieux et désireux de trouver une explication à ma présence ici.

Çetin, Ali et son frère, Mohamed Akin, Hussain, Ahmed. Jouer au jeu de question/réponse, je peux faire ça. Il faut bien passer ces longues heures de trajet d’une manière ou d’une autre. Deux d’entre eux s’avèrent être d’origine syrienne, et parlent arabe. Ça compensera mon turc boiteux. Après les présentations formelles habituelles, je décide de passer directement au cœur du sujet. On ne tournera pas autour du pot dans ce bus. A leur question où vais-je et pourquoi, je décide d’insérer directement les éléments clés #syrie, #réfugiés, #jisrashugur, #révolutiondansle mondearabe.

J’attends des réactions, un débat animé, des expressions de visage à interpréter. Rien. J’aurai pu dire "Je vais à Hatay pour manger des künefe", ils auraient sûrement démontré plus d’intérêt et posé plus de questions en retour. Non rien, je n’ai pas dû utiliser les bons hashtags.

La discussion que je voulais créer ne vient pas naturellement, alors je décide de la construire. Je ne me laisserai pas abattre aussi facilement. Je choisis la forme interrogative cette fois-ci, plus directe et appelant clairement à une réponse. Je me répète, reformule. Silence. Un doute me saisit : m’ont-ils compris ? Bien sûr qu’ils comprennent. Alors je me lance dans une tirade sur l’absence de débat politique dans notre région, de la nécessité d’en parler entre nous jeunes. Il faut dépasser et briser cette peur qui nous entoure et finit par nous habiter. J’adapte mon discours à l’auditoire, parle de la précaution que prennent les turcs à parler en public de Mustefa Kemal. Ça fait les fait sourire. Ah ils m’écoutent, ce n’est pas si mal que ça !

Mais toujours pas de réponse, de contre-argument, même pas de tentative de fuite. Juste du silence, ou plutôt trois points de suspension. Oui voilà le signe de ponctuation qui correspondrait le mieux à leur réaction ou absence de réaction : Trois points suspendus dans l’air. Nous ne disons ni oui ni non, oui nous comprenons ce que tu veux dire, nous ne sommes quand même pas stupides, mais voilà tout ce que nous avons en échange pour toute cette salive que tu as dépensée :

mercredi 8 juin 2011

Le Caire: ville en fusion, ville en révolution

Article initialement publié sur Terangaweb - L'Afrique des Idées.


Il en est des villes comme des caractères ; il y a toujours un trait saillant qui définit la personnalité. Pour le Caire, c’est le poids de la Masse. Cette Masse qui donne à toute action, à tout regard, à toute parole une dimension tout à fait différente : lourde, conséquente, Qâhira . Une masse qu’il vaut mieux avoir en notre faveur plutôt que de se la mettre à dos.


Avec 20 millions d’habitants, c’est la plus grande mégapole du continent africain, capitale administrative et économique de l’Egypte. A lui seul, le Grand Caire regroupe 22% de la population nationale et 43% de la population urbaine du pays. Parler du Caire comme une unité cohérente est une tâche ardue : ce sont plusieurs réalités à la fois, qui s’entremêlent, se croisent sans jamais se superposer totalement. Dans la littérature urbaine, il est question de « layered city » (Marcuse et Van Kempen) ou encore « multi-layered city » (Susan Thompson) : Multiple facettes, multicouches. On peut penser au Koshary , un mélange surprenant, des textures et des couleurs distinctes qui s’entremêlent.


Le Caire est une ville où les opposés n’ont pas peur de se mélanger. Les pyramides sont entourées d’immeubles et autres constructions, qui font de ces monuments presque une décoration dans ce paysage urbain imposant. Dans les cimetières, les vivants cohabitent avec les morts. Les vastes bidonvilles côtoient les villas les plus chics. Ce n’est pas qu’ils aiment se mélanger, ils ne peuvent pas faire autrement, « il n’y a pas d’espace ! ». Pourtant, s’il y a une chose dont l’Egypte ne manque pas, c’est bien l’espace.


A partir des années 1970, le gouvernement a entrepris des efforts en matière d’élargissement de l’aire urbaine. Le plan du Grand Caire avec ses Gouvernorats et villes satellites en est la preuve. Toutefois, cette migration inverse a pris une allure différente de celle prévue originellement. Les projets et slogans de redistribution spatiale, mixité sociale scandés par le gouvernement ont rapidement laissé place à une spéculation immobilière sur ces vastes parcelles désertiques. On ne cherche désormais plus à mélanger toutes les classes dans le meilleur des mondes et des villes. On vend certes toujours du rêve, mais un rêve pour une certaine catégorie bien ciblée.


Promesses de paradis vert où les enfants pourront jouer en toute sécurité, sans bruit, sans pollution, des voisins qui nous ressemblent, et puis surtout des infrastructures et maisons de luxe : Bienvenue au monde des Gated communities. Véritables forteresses imprenables, ces nouveaux espaces qui prolifèrent à grande vitesse dans le Grand Caire attirent de plus en plus de Cairotes, qui n’en peuvent plus du « chaos » de la ville, et qui peuvent se le permettre. On se crée ainsi des espaces publics dans l’espace privé avec tous les « désavantages » du véritable espace public en moins. Sécurité assurée, mixité sociale nulle et balades en famille des plus agréables.


Il est vrai que le Caire n’est pas la ville idéale pour marcher. Rien n’est prévu pour les piétons : trottoirs, passages piétons, éclairage publique, tout manque. En déambulant dans les rues du Caire, une certitude nous hante : « impossible que ceux qui ont planifié cette ville y aient marché !». « A quoi bon marcher ? » nous répondraient-ils sûrement. Au Caire, l’élite urbaine, à l’image de ceux qui gouvernent le pays, estime qu’elle n’a pas de compte à rendre au reste de la population. Les politiques locales sont élaborées suivant les priorités du pouvoir central, qui nomme Gouverneurs et autres fonctionnaires. A noter que 70% du budget de l’appareil administratif local est alloué par l’Etat.

Absence de responsabilité et consentement des gouvernés ? Absence de réceptivité et capacité de répondre aux besoins de la population ? Absence d’interaction entre le Gouvernement local et les citoyens ? Gestion décentralisée illusoire ? Si elle devait être jugée à travers la grille d’évaluation de la bonne gouvernance, la ville du Caire accumulerait les chefs d’inculpation.
Le résultat est une société fragmentée où chacun cherche à survivre, parfois aux dépends de l’Autre ; une ville impressionnante, imposante mais affaiblie. Au vu des mouvements qui agitent le pays actuellement, le futur du projet du Grand Caire 2050, initiative de Hosni Moubarak, semble compromis. La planification de la ville reste en suspens pour le moment, cédant la priorité au maintien de la sécurité et de l’ordre national. Le Caire s’offre à nous, aujourd’hui plus que jamais comme un champ d’expression où la lutte pour faire entendre sa voix bat son plein.